QUAND LES COMMUNAUTÉS DE KOKOTA TRANSFORMENT L’ADAPTATION AU CHANGEMENT CLIMATIQUE EN RÉALITÉ
En Guinée Forestière, face aux effets du changement climatique, des actions locales renforcent la résilience des communautés rurales les plus vulnérables.
Les communautés rurales en Guinée Forestière subissent depuis plusieurs années les effets visibles du changement climatique : saisons agricoles imprévisibles, pluies décalées, sols appauvris et récoltes en baisse. La Stratégie Nationale sur le Changement Climatique (SNCC, 2019) alerte sur une aggravation de la situation, menaçant la sécurité alimentaire et le quotidien de milliers de ménages.
Pour relever ces défis, la Guinée bénéficie du soutien financier du Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM), avec l’appui technique du PNUD et la mise en œuvre par le Ministère de l’Environnement et du Développement Durable (MEDD) à travers le projet « Renforcement de la résilience et des capacités d’adaptation des communautés les plus vulnérables au changement climatique en Guinée Forestière (PRACC-GF) ». Ce projet vise à renforcer durablement la résilience climatique des communautés les plus fragiles de la région.
Kokota, une commune rurale longtemps exposée
Avant l’arrivée du projet, Kokota faisait face à une réalité difficile : faibles rendements, absence de semences adaptées, techniques agricoles inappropriées, pluies irrégulières, manque d’informations climatiques fiables et absence de mécanismes d’épargne. La communauté était faiblement structurée et vulnérable.
Mme Yamon Catherine Doré résume bien cette période : « Avant le PRACC-GF, on cultivait, mais les résultats n’étaient pas bons. Les semences n’étaient pas adaptées, et obtenir un prêt était difficile et coûteux. Avec le projet, beaucoup de choses ont commencé à changer. »
Des premiers appuis qui changent le quotidien
Dès les premières actions, Kokota a ressenti les effets du projet :
- 872 producteurs semenciers et 405 femmes maraîchères identifiés et accompagnés.
- Mise en place d’un Champ-École Paysan pour promouvoir des pratiques agricoles résilientes.
- Création d’une Caisse Villageoise d’Épargne et de Crédit (GVEC), permettant aux femmes d’épargner et d’accéder à des microcrédits.
- Délimitation d’une forêt communautaire par sept bornes cimentées pour une gestion durable des ressources naturelles.
En parallèle, Kokota bénéficie de microprojets d’Agriculture Intelligente face au Climat, dont l’installation de ruches kenyanes pour développer l’apiculture, et de semences améliorées (riz, maïs, arachide, manioc et maraîchères).
Des semences qui redonnent espoir
Pour Mme Soua Goumou, productrice, le changement est visible dans son champ : « Avant l’arrivée du projet PRACC-GF, on cultivait mais les récoltes n’étaient pas bonnes. Avec les semences de qualité et les pratiques apprises dans les champs-écoles, tout a changé. Aujourd’hui, mes amies veulent toutes avoir les mêmes semences tellement ça réussit. Regardez l’état du riz : c’est grâce au projet. »
Ce témoignage reflète un sentiment partagé par de nombreuses femmes de la commune.
L’épargne, une nouvelle force pour les femmes
La création des GVEC a été un véritable tournant pour Kokota. Pour plusieurs femmes, c’est la première fois qu’elles participent à une épargne collective.
Aujourd’hui, chaque membre met de côté 10 000 GNF par semaine. Peu à peu, la caisse a atteint 17 millions de GNF.
Mme Catherine Doré en parle avec fierté : « Ce n’est pas énorme, mais pour nous, c’est déjà beaucoup. Avant, lorsqu’un problème arrivait, on ne savait pas où trouver l’argent. Maintenant, on peut s’entraider. »
Cette sécurité financière nouvelle réduit la pression au sein des ménages et renforce la solidarité entre femmes.
Apprendre à produire autrement
Dans les champs-écoles, les productrices découvrent et appliquent de nouvelles techniques qui leur permettent de diversifier leurs cultures et d’améliorer leurs rendements.
Mme Seny 2 Gbamou témoigne : « Nous avons appris beaucoup de choses que nous ne connaissions pas. Cette année, j’ai produit près de 100 kg d’haricot grâce aux semences du projet. Nous cultivons aussi le riz, le manioc, l’arachide, le maïs… et tout pousse mieux qu’avant. »
Ces premiers résultats encouragent davantage l’adoption des pratiques AIC, essentielles dans un contexte de changement climatique.
Une dynamique portée par les femmes
Aujourd’hui à Kokota, les femmes ne se limitent plus à produire. Elles apprennent, s’organisent, épargnent, se soutiennent et prennent confiance. Les appuis du PRACC-GF leur permettent d’améliorer leurs techniques agricoles, de stabiliser leurs revenus, de renforcer leur solidarité et d’avoir une vision plus claire de leur avenir.
La résilience, ici, n’est plus un concept théorique.
C’est une réalité qui prend forme, portée par des femmes déterminées à bâtir un futur plus sûr pour leurs familles et leur communauté.