Mamou, Guinée – octobre 2025 : Dans un contexte marqué par une mobilité accrue des populations et des vulnérabilités socioéconomiques persistantes, la traite des personnes et le trafic illicite des migrants demeurent des préoccupations majeures en matière de protection des droits humains en Guinée. Consciente du rôle central des leaders communautaires et religieux dans la prévention de ces phénomènes, une activité de renforcement des capacités s’est tenue à Mamou du 29 au 30 octobre 2025.
Financée par la Coopération suisse, l’activité a combiné un atelier de formation à l’intention des leaders communautaires et religieux et un dialogue communautaire élargi sur la traite des personnes, le trafic illicite de migrants, les violations des droits humains et les vulnérabilités auxquelles sont confrontées les populations en mouvement.
Renforcer les connaissances et clarifier les concepts
La première journée, consacrée à l’atelier de formation, a permis de renforcer les connaissances des participants sur les définitions, les éléments constitutifs et les différences fondamentales entre la traite des personnes et le trafic illicite de migrants. Les échanges ont mis en évidence la nécessité de mieux distinguer ces deux infractions afin de favoriser une prévention efficace et un signalement approprié au sein des communautés.
Une session spécifique a été animée par Mme Binta Nabé, Directrice de l’Observatoire National pour la Protection Sociale et la Lutte contre les Violences Basées sur le Genre (VBG), portant sur les liens entre la traite des personnes et les VBG. Elle a notamment souligné l’impact des pratiques néfastes, de la précarité sociale et des violences subies par les femmes, facteurs qui accroissent leur vulnérabilité face aux réseaux de traite et de trafic.
L’atelier a réuni 24 participants, dont une femme, issus de plusieurs préfectures (Gaoual, Koundara, Dalaba, Labé, Pita et Mamou), répartis entre 12 leaders religieux (imams), 6 membres de conseils de sages et 6 communicateurs traditionnels. Les participants ont manifesté un fort engagement et exprimé leur volonté d’intégrer ces thématiques dans les prêches et les actions de sensibilisation en faveur de la jeunesse.
Un dialogue communautaire pour une mobilisation élargie
La deuxième journée a été consacrée à un dialogue communautaire réunissant 70 participants, dont 26 femmes. Les échanges ont débuté par une présentation du cadre national de lutte contre la traite des personnes en Guinée, notamment la loi spéciale adoptée en 2024, mettant en lumière ses principales innovations et les obligations qu’elle impose aux différents acteurs, y compris les communautés.
Les participants ont également été informés des mécanismes nationaux de prise en charge des victimes et des canaux de dénonciation existants, notamment le numéro vert 116 de l’AGUIAS. Un panel a ensuite été constitué, réunissant des leaders religieux, une représentante du Secrétariat aux affaires religieuses et des Commissaires de Police représentant l’OPROGEM, afin d’échanger sur le rôle de la communauté dans la prévention, l’identification et le signalement des cas de traite.
Les discussions ont porté sur les dangers de la migration irrégulière, les vulnérabilités des populations en mouvement et la responsabilité collective dans la lutte contre ces phénomènes.
Engagements et perspectives
À l’issue des échanges, plusieurs recommandations ont émergé, notamment la nécessité de renforcer les prêches et messages religieux sur la traite et les VBG, de s’attaquer aux causes profondes de la vulnérabilité telles que la déscolarisation et les violences conjugales, et d’intensifier les actions de sensibilisation à travers les médias communautaires.
Les leaders religieux ont exprimé un engagement fort à poursuivre la lutte contre la traite au sein de leurs communautés. Certains se sont portés volontaires pour agir comme relais et ambassadeurs de cette thématique, tandis qu’une plateforme d’échange a été mise en place afin de partager les expériences et renforcer la coordination des actions de prévention.