ABDOULAYE CAMARA : DE LA SALLE DE CLASSE AU QUAI DE PECHE
Un appui pour promouvoir la migration de main-d’œuvre intrarégionale pour le développement local
Kamsar, Guinée – En cette fin d’après-midi de mars, la chaleur enveloppe doucement l’arrière du site d’Oceanic Pêche, à Kamsar. Des pirogues glissent vers le débarcadère. À peine accostées, les hommes se mettent en mouvement. Abdoulaye Camara est là, comme tous les jours depuis six mois. Il aide à décharger les paniers de poissons fraîchement pêchés, les charge dans la benne d’un tricycle motorisé, et parcourt les quelques mètres qui séparent le quai de la salle de traitement.
Il arbore fièrement son t-shirt bleu de stagiaire, floqué sur le devant au nom du projet. Une manière discrète mais visible d’affirmer son engagement dans cette expérience qui a changé sa trajectoire.
« J’ai toujours voulu travailler dans un domaine technique, surtout ce qui touche à la mécanique », dit-il, en posant un panier à même le sol. « J’ai fait l’école maritime, mais je sentais qu’il me manquait quelque chose. La pratique. C’est ce que je suis venu chercher ici. Et j’ai trouvé bien plus. »
Abdoulaye, 27ans, est l’un des jeunes placés en entreprise par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) dans le cadre d’un programme d’insertion socio-professionnelle. Pendant six mois, il a été immergé au sein de l’équipe d’Océanic Pêche, une entreprise spécialisée dans la transformation et l’exportation de produits halieutiques. Là, il a découvert la rigueur, la polyvalence, l’endurance. Et surtout, sa place.
« Ici, on touche à tout. C’est ce que j’aime. Le matin, je peux être sur le débarcadère à décharger du poisson. Ensuite, je passe à la chaîne de tri, on calibre selon la taille, la qualité. On apprend à reconnaître les bons poissons, à appliquer les normes. Rien n’est laissé au hasard. »
Mais ce qui le fait vibrer, c’est la mécanique. Et dans l’univers d’Océanic Pêche, les occasions ne manquent pas : groupes électrogènes, chambres froides, pompes, circuits de glace… « J’observe, je pose des questions, on me laisse manipuler parfois. J’apprends. Il y a des machines partout. Chaque jour, je comprends un peu mieux comment tout ça fonctionne. »
Il sourit. Il parle avec calme, mais ses yeux brillent. « Ce stage m’a transformé. Avant, je connaissais la théorie. Maintenant, je sais faire. Je suis capable. Je suis prêt. »
Le travail n’est pas facile. Les horaires sont longs, les tâches physiques, et l’environnement exigeant. Mais Amadou n’en retient que le positif. « C’est intense, oui. Mais c’est ça qui me plaît. On apprend dans l’effort. On progresse quand on sort de sa zone de confort. »
Ce stage lui a permis de se révéler. « Je ne sais pas encore si je serai embauché à la fin, mais ce n’est pas le plus important. Aujourd’hui, je connais mon métier. Et même plus. J’ai vu toutes les étapes, j’ai compris comment fonctionne une entreprise comme celle-là. Je me sens prêt. »
Son rêve ? Continuer dans ce secteur, et aller encore plus loin. « Ce que je veux, c’est monter ma propre activité un jour. Peut-être une unité de froid, ou un service de maintenance pour les entreprises de pêche. J’ai des idées. Et maintenant, j’ai les bases pour les réaliser. »
Le stage d’Abdoulaye s’inscrit dans le cadre du projet « Promouvoir la migration de main-d’œuvre intrarégionale pour le développement local », mis en œuvre par l’OIM Guinée avec le soutien de l’Agence italienne pour la coopération au développement (AICS). Ce projet soutient l’insertion socio-professionnelle des jeunes à travers des stages pratiques dans des entreprises locales, renforçant leurs compétences et facilitant leur accès à un emploi durable.